Cartons de vêtements invendus réorientés vers le tri et le réemploi

Détruire les vêtements invendus, c'est désormais interdit : la loi européenne (ESPR, 19 juillet 2026) expliquée

23 min de lecture
Vêtements et chaussures invendus neufs face à la loi européenne ESPR : interdiction de destruction pour les grandes entreprises depuis le 19 juillet 2026
Actualité seconde main
Détruire les vêtements invendus, c'est désormais interdit : la loi européenne (ESPR, 19 juillet 2026) expliquée

Publié le 20 juillet 2026 · ⏱ 13 min de lecture

Oui. Depuis le 19 juillet 2026, l'Union européenne interdit aux grandes entreprises de détruire leurs vêtements, accessoires vestimentaires et chaussures invendus. Cette interdiction découle du règlement européen ESPR (règlement UE 2024/1781, article 25) et vise d'abord les grandes entreprises, les entreprises de taille moyenne suivant en 2030, tandis que les micro et petites entreprises restent exemptées. Avant de détruire quoi que ce soit, une entreprise doit désormais chercher à vendre, à donner ou à réemployer ses invendus, la destruction n'étant tolérée que dans des cas limités, preuves conservées cinq ans à l'appui.

Cette annonce a fait le tour des réseaux sociaux, souvent résumée à un chiffre choc de « 600 000 tonnes de vêtements détruits chaque année ». Ce chiffre est en réalité approximatif, et la France appliquait déjà une règle très proche depuis 2022. Dans ce guide, on démêle ce que dit vraiment la loi, d'où vient le fameux chiffre, qui est concerné et ce que ça change concrètement pour la seconde main, en s'appuyant sur les sources officielles et sur les chiffres réels du marché de la seconde main en France.

L'essentiel en 30 secondes

  • Depuis le 19 juillet 2026, les grandes entreprises de l'UE n'ont plus le droit de détruire leurs vêtements, accessoires et chaussures invendus (règlement ESPR, article 25).
  • Les entreprises de taille moyenne seront soumises aux mêmes règles à partir de 2030 ; les micro et petites entreprises sont exemptées.
  • Le vrai chiffre n'est pas 600 000 tonnes : l'Agence européenne pour l'environnement estime la destruction textile entre 264 000 et 594 000 tonnes par an dans l'UE.
  • La France avait déjà 4 ans d'avance : la loi AGEC interdit la destruction des invendus non alimentaires depuis le 1er janvier 2022.
  • L'effet sur les volumes de seconde main sera limité ; le vrai enjeu reste la saturation de la filière du réemploi face à la fast fashion.

Qu'est-ce qui est interdit depuis le 19 juillet 2026 exactement ?

Vêtements neufs invendus stockés en entrepôt avant réemploi, concernés par la loi ESPR 2026

Le fait est simple et vérifié. Dans un communiqué publié le 17 juillet 2026, la Commission européenne écrit noir sur blanc : « From 19 July, large companies across the EU are prohibited from destroying unsold clothes, clothing accessories and footwear. » Traduction : à compter du 19 juillet 2026, les grandes entreprises de toute l'Union européenne n'ont plus le droit de détruire leurs vêtements, accessoires vestimentaires et chaussures invendus.

Le périmètre est précis. L'interdiction porte sur trois familles de produits listées à l'annexe VII du règlement ESPR : les vêtements, les accessoires vestimentaires (ceintures, écharpes, gants, chapeaux et similaires) et les chaussures. Il s'agit des invendus neufs, jamais portés, que certaines entreprises écoulaient jusqu'ici en les jetant, en les broyant ou en les incinérant.

La même règle prévoit une montée en charge dans le temps : les entreprises de taille moyenne y seront soumises à partir de 2030, tandis que les micro et petites entreprises en sont, pour l'instant, exemptées. C'est donc une interdiction ciblée sur les acteurs les plus gros, ceux qui concentrent l'essentiel des volumes détruits.

Un point de vocabulaire compte ici : dans l'ESPR, « détruire » ne veut pas seulement dire jeter à la benne. Le texte vise l'abandon, la mise en décharge et l'incinération des produits invendus, c'est-à-dire tout ce qui fait disparaître un produit neuf et en bon état sans lui donner de seconde vie utile.

Source : Commission européenne, direction générale de l'environnement (communiqué du 17 juillet 2026) et règlement (UE) 2024/1781 dit ESPR, article 25 et annexe VII.

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Non, ce ne sont pas 600 000 tonnes : le vrai chiffre

La vidéo qui a rendu cette loi virale martèle un chiffre : « 600 000 tonnes de vêtements détruits chaque année ». Il est presque juste, mais il mérite d'être remis d'équerre, parce que la précision, ici, fait toute la crédibilité.

Le chiffre de référence vient de l'Agence européenne pour l'environnement (EEA), dans un briefing publié en 2024. Il ne dit pas « 600 000 tonnes » mais une fourchette : entre 4 et 9 % des textiles mis sur le marché de l'Union européenne sont détruits avant même d'avoir été utilisés, ce qui représente entre 264 000 et 594 000 tonnes par an. Le fameux « 600 000 tonnes » est donc un arrondi du haut de la fourchette (594 000), présenté comme un chiffre unique et certain, alors que c'est une estimation.

Textiles neufs détruits chaque année dans l'UE Estimation de l'Agence européenne pour l'environnement 0 t 264 000 t 594 000 t Fourchette réelle (4 à 9 %) 600 000 t « 600 000 t » = arrondi du haut de la fourchette Le chiffre viral de 600 000 tonnes correspond au maximum estimé, arrondi.
La destruction de textiles neufs dans l'UE se mesure entre 264 000 et 594 000 tonnes par an. Le « 600 000 » médiatique est l'arrondi du haut de la fourchette.

Derrière ces tonnes, il y a un coût environnemental. L'EEA associe à cette destruction de textiles neufs un impact d'environ 5,6 millions de tonnes de CO2, un ordre de grandeur comparable aux émissions nettes de la Suède en 2021. Côté France, la Commission européenne cite un montant d'environ 630 millions d'euros de produits invendus détruits chaque année, toutes catégories confondues.

Retenir la fourchette plutôt que le chiffre rond, ce n'est pas pinailler : c'est ce qui distingue une information solide d'un slogan. Le problème est réel et massif, mais il se mesure entre 264 000 et 594 000 tonnes, pas à « 600 000 » gravé dans le marbre.

Sources : Agence européenne pour l'environnement, briefing 2024 sur les textiles et Commission européenne. Chiffres présentés comme des estimations, avec une fourchette assumée.

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Qui est concerné et à partir de quand ?

L'interdiction ne s'applique pas à tout le monde en même temps. Elle suit un calendrier en plusieurs temps, pensé pour viser d'abord les plus gros émetteurs de déchets textiles :

  • Depuis le 18 juillet 2024 : le règlement ESPR est entré en vigueur, posant le cadre général (dont l'obligation de prévention pour tous les opérateurs).
  • Depuis le 19 juillet 2026 : les grandes entreprises ne peuvent plus détruire leurs vêtements, accessoires et chaussures invendus.
  • À partir du 19 juillet 2030 : les entreprises de taille moyenne seront à leur tour concernées.
  • Micro et petites entreprises : exemptées à ce stade, pour ne pas étouffer les petits acteurs.
De la loi AGEC francaise a l'harmonisation europeenne ESPR Frise chronologique : la loi AGEC interdit la destruction des invendus non alimentaires en France depuis le 1er janvier 2022 ; le reglement europeen ESPR entre en vigueur le 18 juillet 2024 ; il interdit la destruction aux grandes entreprises de toute l'Union europeenne le 19 juillet 2026 ; l'obligation s'etend aux entreprises de taille moyenne en 2030, les micro et petites entreprises restant exemptees. De l'avance francaise (AGEC) a l'harmonisation europeenne (ESPR) FR 1 janv. 2022 Loi AGEC (France) deja interdit UE 18 juil. 2024 ESPR en vigueur UE 19 juil. 2026 Grandes entreprises interdites de detruire UE 2030 Entreprises de taille moyenne Micro et petites entreprises exemptees a ce stade.
La France interdit deja la destruction des invendus depuis 2022 (loi AGEC) ; l'ESPR etend la regle a toute l'Union europeenne le 19 juillet 2026, puis aux entreprises de taille moyenne en 2030.

Reste à savoir ce qu'est une « grande entreprise » au sens du droit européen. Le critère est chiffré : une entreprise est considérée comme grande quand elle dépasse au moins deux des trois seuils suivants : plus de 250 salariés, un chiffre d'affaires net supérieur à 50 millions d'euros, ou un total de bilan supérieur à 25 millions d'euros. En dessous, on parle de moyenne, petite ou micro entreprise.

Qui est concerne par l'interdiction et a partir de quand Trois categories : les grandes entreprises, celles de plus de 250 salaries ou plus de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, sont concernees depuis le 19 juillet 2026 ; les entreprises de taille moyenne le seront a partir de 2030 ; les micro et petites entreprises sont exemptees a ce stade. Qui est concerne, et a partir de quand ? Grandes entreprises plus de 250 salaries ou plus de 50 M d'euros de chiffre d'affaires Concernees depuis le 19/07/2026 Entreprises de taille moyenne seuils intermediaires A partir de 2030 Micro et petites entreprises la plupart des friperies et revendeurs independants Exemptees a ce stade
Trois niveaux : les grandes entreprises depuis le 19 juillet 2026, les entreprises de taille moyenne en 2030, les micro et petites entreprises exemptees.

Autrement dit, l'interdiction de 2026 frappe surtout les grandes enseignes, les grands groupes de mode et les gros distributeurs, ceux dont les stocks invendus se comptent en tonnes. Les petites friperies, les revendeurs indépendants et les micro entreprises ne sont pas la cible de cette première vague.

Sources : règlement (UE) 2024/1781 (ESPR), articles 23 à 25, et Commission européenne. Les seuils reprennent la définition européenne des catégories d'entreprises.

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Que doivent faire les entreprises de leurs invendus maintenant ?

Tri de vêtements invendus pour le réemploi et la seconde main, hiérarchie des déchets ESPR

La loi ne dit pas seulement « ne détruisez plus ». Elle impose un ordre de priorité, ce que les spécialistes appellent la hiérarchie des déchets. Avant d'envisager quoi que ce soit d'autre, une entreprise doit chercher à donner une seconde vie utile à ses invendus.

Ce que la loi impose, dans l'ordre le plus souhaitable en haut 1. Vendre (remises, déstockage, marchés alternatifs) 2. Donner (associations, économie sociale) 3. Préparer au réemploi (réparer, reconditionner) 4. Recycler (broyer pour la fibre) 5. Détruire (dernier recours, cas limités) La destruction n'arrive qu'après avoir cherché à vendre, donner, réemployer puis recycler.
La destruction n'arrive qu'en dernier recours, après avoir cherché à vendre, donner, réemployer puis recycler.

Concrètement, l'entreprise doit d'abord vendre ses invendus, y compris en pratiquant des remises ou en passant par des marchés alternatifs (déstockage, ventes privées, plateformes). Si la vente échoue, elle doit donner ses produits à des associations ou à des entreprises de l'économie sociale, ou les préparer au réemploi en les réparant ou en les reconditionnant. Le recyclage matière (broyer la fibre) ne vient qu'après, et la destruction pure arrive en tout dernier recours.

La destruction n'est donc pas totalement interdite : elle reste permise dans des cas limités, par exemple pour des produits dangereux, endommagés, contrefaits ou portant atteinte à la propriété intellectuelle, ou encore lorsqu'ils ont été refusés par les associations. Mais l'entreprise doit alors se justifier.

Car la vraie nouveauté, c'est la transparence. Une entreprise qui détruit malgré tout doit conserver les preuves pendant cinq ans et publier chaque année un rapport public détaillant les quantités détruites et les raisons. Les autorités nationales contrôlent, et des amendes sont prévues en cas de manquement. Deux textes européens du 9 février 2026, un règlement délégué et un règlement d'exécution, précisent les dérogations possibles et le format de déclaration.

Sources : règlement (UE) 2024/1781 (ESPR), articles 23, 24 et 25, règlement délégué et règlement d'exécution du 9 février 2026. Obligations de preuve et de rapport annuel à la charge de l'entreprise.

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Que deviennent les vêtements invendus, concrètement ?

Déstockage de vêtements de marque invendus revendus en seconde main

Puisque la destruction passe en dernier recours, la question devient : où vont les vêtements invendus désormais ? Dans les faits, ils empruntent quatre circuits, du plus commercial au plus solidaire.

Que devient un invendu textile maintenant Un invendu textile neuf est desormais oriente vers quatre debouches : la vente et le destockage, le don aux associations, le reemploi et la seconde main, ou le recyclage de la fibre. La destruction est evitee et n'est toleree qu'en dernier recours, dans des cas tres limites. Que devient un invendu textile maintenant ? Invendu textile neuf, non vendu 1. Vente, destockage, ventes privees 2. Don aux associations et a l'ESS 3. Reemploi et seconde main (friperies, kilo) 4. Recyclage de la fibre Destruction evitee : dernier recours, cas tres limites
Un invendu neuf part desormais vers la vente, le don, le reemploi et la seconde main ou le recyclage. La destruction n'est toleree qu'en dernier recours.

Le premier, c'est le déstockage. Les invendus de marque partent en ventes à prix cassés, en ventes privées, chez des déstockeurs spécialisés ou sur des marchés alternatifs. C'est souvent la voie la plus rapide pour l'entreprise, et c'est aussi une porte d'entrée pour les revendeurs qui savent où chercher, comme on l'explique dans notre guide du déstockage de vêtements de marque à revendre et notre panorama des grossistes de vêtements de seconde main.

Le deuxième circuit, c'est le don à des associations et à des structures de l'économie sociale et solidaire, qui les redistribuent ou les revendent à petit prix. Le troisième, c'est le réemploi : réparation, reconditionnement, remise en état pour repartir sur le marché de l'occasion. Le quatrième, quand rien d'autre n'est possible, c'est le recyclage matière (broyage de la fibre).

Une partie de ces flux nourrit directement la seconde main : friperies, ventes au kilo, marketplaces. C'est tout l'écosystème que l'on connaît chez Friptadium, du lot acheté au kilo pour revendre à la friperie au kilo, où des pièces qui auraient pu finir à la benne trouvent finalement preneur.

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La France avait déjà 4 ans d'avance : la loi AGEC

C'est l'angle que beaucoup oublient : pour la France, cette interdiction n'a rien d'une nouveauté. La loi AGEC (loi n° 2020-105 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire, article L.541-15-8 du code de l'environnement) interdit déjà la destruction des invendus non alimentaires depuis le 1er janvier 2022. Les textiles y sont couverts via leur filière à responsabilité élargie du producteur, gérée par l'éco-organisme Refashion.

Autrement dit, sur le principe, les entreprises françaises sont déjà conformes depuis plus de quatre ans. Ce que l'ESPR apporte, ce n'est pas une révolution pour la France, mais une mise à niveau du reste de l'Union européenne.

Cette harmonisation change quand même trois choses. D'abord, elle met fin au désavantage concurrentiel français : jusqu'ici, une marque française ne pouvait pas détruire ses invendus alors qu'une concurrente ailleurs en Europe le pouvait encore. Ensuite, elle instaure une transparence publique standardisée à l'échelle des 27. Enfin, elle ajoute un mécanisme anti-contournement : l'article 25(2) interdit de confier ses invendus à une petite entreprise dans le seul but d'échapper à l'interdiction, et la règle s'applique aussi aux vendeurs étrangers qui vendent dans l'UE.

Côté sanctions en France, la loi AGEC prévoit une amende administrative pouvant aller jusqu'à 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale, par manquement, sous le contrôle de la DGCCRF (la répression des fraudes). L'ESPR, lui, laisse chaque État fixer ses propres sanctions, qui doivent être « effectives, proportionnées et dissuasives ».

Sources : ministère de l'Économie (loi AGEC, interdiction de destruction des invendus), Légifrance (article L.541-15-8 du code de l'environnement) et règlement (UE) 2024/1781 (ESPR).

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Quelles sanctions en cas de non-respect ?

La question revient logiquement : que risque une entreprise qui détruit ses invendus malgré l'interdiction ? La réponse dépend du pays, car l'ESPR fixe le principe mais laisse chaque État membre définir ses propres sanctions, à condition qu'elles soient « effectives, proportionnées et dissuasives ».

En France, le cadre est déjà en place via la loi AGEC. Le non-respect de l'interdiction de détruire les invendus expose à une amende administrative pouvant atteindre 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale, par manquement constaté, sous le contrôle de la DGCCRF (la répression des fraudes). Un montant appliqué par infraction, qui grimpe vite pour un gros stock.

Mais la vraie arme de l'ESPR, c'est la transparence. Une entreprise qui détruit dans un cas autorisé doit conserver un dossier de preuves pendant cinq ans et publier chaque année un rapport standardisé sur les volumes d'invendus, les méthodes de traitement retenues et les quantités détruites. Le règlement d'exécution du 9 février 2026 (règlement d'exécution UE 2026/2) fixe le format de cette déclaration, dont la publication devient obligatoire à compter du 2 mars 2027. Ce reporting public expose les mauvais élèves au regard des autorités de contrôle, des ONG et des clients.

Autre garde-fou : l'article 25(2) de l'ESPR ferme la porte au contournement. Une grande entreprise ne peut pas confier ses invendus à une petite structure dans le seul but d'échapper à l'interdiction, et la règle vise aussi les vendeurs établis hors de l'Union européenne qui écoulent leurs produits sur le marché européen.

Sources : Klartis, ce qui change au 19 juillet 2026, NAVEX, contours de l'interdiction précisés par la Commission et Glynnis Makoundou, avocate, modalités pratiques pour les marques. Montants AGEC via le ministère de l'Économie ; sanctions ESPR fixées par chaque État membre.

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Qu'est-ce que ça change vraiment pour la seconde main ?

Soyons honnêtes, parce que c'est ce qui se fait citer et ce qui évite les fausses promesses. En France, l'effet direct de l'ESPR sur les volumes de seconde main sera limité, tout simplement parce que la destruction des invendus y est déjà interdite depuis 2022. Il ne faut donc pas s'attendre à un raz-de-marée de stock neuf déversé du jour au lendemain chez les grossistes et les revendeurs.

Le vrai enjeu n'est pas le volume d'invendus neufs, mais la saturation de la filière du réemploi. La seconde main croule déjà sous les volumes de la fast fashion, et détourner davantage d'invendus vers le don ou le réemploi n'a de sens que si la filière peut les absorber et les trier. Pour situer ce marché et ses ordres de grandeur, on renvoie à notre dossier sur les chiffres de la seconde main en France.

Pour un revendeur, la leçon est claire : la valeur ne se joue pas sur la quantité de pièces qui arrivent, mais sur la finesse et la régularité du tri par grade. Savoir reconnaître une pièce vendable, l'estimer et la présenter compte bien plus que d'avoir accès à un gros volume brut. C'est toute la logique de notre guide du vêtement Grade A (chez nous, le Grade A veut dire plus de 90 % des pièces en très bon état, jamais 100 % car l'erreur humaine reste possible) et de notre méthode pour choisir quoi vendre sur Vinted.

Le message à retenir : cette loi est une bonne nouvelle de fond pour l'économie circulaire, mais elle ne transforme pas mécaniquement le quotidien d'un revendeur de seconde main. Ceux qui achètent en gros auprès d'un grossiste de vêtements de seconde main continueront de faire la différence par le tri, pas par le simple accès au stock.

Pour transformer ce sourcing trié en revente rentable, deux ressources vont plus loin : notre guide complet pour vendre sur Vinted et notre page dédiée aux professionnels, grossiste pour friperie, qui explique comment sécuriser un approvisionnement Grade A régulier.

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Les limites et les critiques de la loi

Un bon article ne se contente pas d'applaudir. Cette loi a de vraies limites, pointées par les acteurs de terrain et les ONG environnementales.

Premier bémol, le flou autour du recyclage. Ce qui est présenté comme du recyclage se résume souvent à du downcycling : broyer les fibres pour en faire de l'isolant, du rembourrage ou des chiffons, très loin d'une vraie seconde vie vestimentaire. Or, juridiquement, broyer un textile pour récupérer la fibre peut relever de la destruction : la frontière entre « recycler » et « détruire » reste floue, et le risque est de faire passer le downcycling pour une solution vertueuse.

Deuxième limite, l'export hors Union européenne. Une partie des textiles collectés en Europe est envoyée hors de l'UE : d'après Refashion, l'éco-organisme de la filière, environ la moitié des textiles collectés en France sont exportés. Interdire la destruction sur le sol européen ne règle pas la question de ce que deviennent ces vêtements une fois exportés.

Troisième critique, les dérogations. Plusieurs ONG (RREUSE, ECOS et le Bureau européen de l'environnement), dans une position commune du 3 juin 2025, alertent sur des failles et exemptions qui pourraient, selon elles, « institutionnaliser la surproduction » plutôt que la freiner. La loi encadre la destruction, mais ne s'attaque pas directement au volume de vêtements produits chaque année.

Enfin, la saturation de la filière solidaire est un point aveugle. Emmaüs France, qui collecte environ 120 000 tonnes de textiles par an, a alerté dès le 17 juin 2025 sur un risque d'effondrement du secteur solidaire : dans certains centres de tri, seulement 3 vêtements sur 10 sont conservés pour la revente, le reste partant au recyclage ou à l'export. Rediriger plus d'invendus vers le don n'a de sens que si ces structures tiennent le choc.

Sources : positions publiques de RREUSE, ECOS et du Bureau européen de l'environnement (3 juin 2025), communiqué d'Emmaüs France (17 juin 2025) et données Refashion. Chiffres cités par ces organisations.

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ESPR, AGEC, taxe Shein et Temu : comment tout ça s'articule

On confond souvent tous ces dispositifs sous l'étiquette « lois anti-fast-fashion ». Ce sont pourtant des outils différents, avec des objectifs distincts. Voici comment les distinguer.

Dispositif Ce qu'il fait Depuis quand
ESPR (règlement UE 2024/1781) Interdit aux grandes entreprises de détruire leurs invendus textiles dans toute l'UE 19 juillet 2026
Loi AGEC (France) Interdit déjà la destruction des invendus non alimentaires en France, via la filière REP textile 1er janvier 2022
Collecte séparée des textiles Rend obligatoire la collecte séparée des textiles usagés dans toute l'UE 1er janvier 2025
Taxe sur les petits colis (Shein, Temu) Vise les colis importés à bas prix, un sujet fiscal et douanier distinct de la destruction En cours de déploiement

La distinction est importante. L'ESPR et la loi AGEC traitent du sort des invendus neufs (ne pas les détruire). La taxe sur les petits colis qui vise Shein et Temu est un tout autre chantier, fiscal et douanier, qui cherche à rééquilibrer la concurrence face aux importations à très bas prix, au même titre que la loi anti-fast-fashion du 8 juillet 2026. On détaille ce mécanisme dans notre article dédié à la taxe sur les colis Shein et Temu et ses effets sur la seconde main.

Pris ensemble, ces dispositifs dessinent une direction politique claire : moins de gaspillage, plus de circularité, une concurrence plus équilibrée. Mais chacun agit sur un levier différent, et aucun ne remplace les autres.

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FAQ : l'interdiction de détruire les invendus

Est-il vrai que l'Union européenne interdit de détruire les vêtements invendus ?

Oui. Depuis le 19 juillet 2026, les grandes entreprises de l'Union européenne n'ont plus le droit de détruire leurs vêtements, accessoires vestimentaires et chaussures invendus. C'est une obligation du règlement ESPR (règlement UE 2024/1781, article 25), confirmée par un communiqué de la Commission européenne du 17 juillet 2026.

Depuis quand exactement ?

Depuis le 19 juillet 2026 pour les grandes entreprises. Les entreprises de taille moyenne seront concernées à partir du 19 juillet 2030. Le règlement ESPR lui-même est entré en vigueur le 18 juillet 2024.

Qui est concerné par l'interdiction ?

Les grandes entreprises, c'est-à-dire celles qui dépassent au moins deux des trois seuils suivants : plus de 250 salariés, plus de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires net, ou plus de 25 millions d'euros de total de bilan. Les micro et petites entreprises sont exemptées, les entreprises de taille moyenne le seront en 2030.

Combien de tonnes de vêtements sont détruites chaque année ?

Selon l'Agence européenne pour l'environnement, entre 264 000 et 594 000 tonnes de textiles sont détruites avant usage chaque année dans l'UE, soit 4 à 9 % des textiles mis sur le marché. Le chiffre de « 600 000 tonnes » souvent cité est l'arrondi du haut de cette fourchette, pas un chiffre exact.

La France était-elle déjà concernée ?

Oui, et depuis plus longtemps. La loi AGEC interdit la destruction des invendus non alimentaires en France depuis le 1er janvier 2022. Les entreprises françaises étaient donc déjà conformes sur le principe : l'ESPR harmonise surtout la règle à l'échelle des 27 États membres.

Quelles sanctions en cas de non-respect ?

En France, la loi AGEC prévoit une amende administrative pouvant aller jusqu'à 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale, par manquement, sous le contrôle de la DGCCRF. Au niveau européen, chaque État fixe des sanctions qui doivent être effectives, proportionnées et dissuasives.

La destruction est-elle totalement interdite ?

Non. Elle reste permise dans des cas limités : produits dangereux, endommagés, contrefaits, portant atteinte à la propriété intellectuelle, ou refusés par les associations. L'entreprise doit alors conserver les preuves pendant cinq ans et publier un rapport annuel public.

Est-ce que cette loi aide vraiment la seconde main ?

En France, l'effet direct sur les volumes sera limité, puisque la destruction était déjà interdite depuis 2022. Le vrai enjeu n'est pas le volume d'invendus neufs mais la capacité de la filière du réemploi à absorber et trier ces flux sans saturer.

Les petites friperies et revendeurs sont-ils concernés ?

Non, pas par cette première vague. L'interdiction de 2026 vise les grandes entreprises. Les micro et petites entreprises, dont la plupart des friperies et revendeurs indépendants, ne sont pas la cible à ce stade.

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Envie de donner une seconde vie aux invendus, à ton échelle ?

Chez Friptadium, on remet en circulation des vêtements de seconde main triés Grade A, prêts à revendre. Une façon concrète de participer à l'économie circulaire dont parle cette loi, sans les ballots au hasard.

Découvrir les box au kilo Composer une box sur mesure

Sources principales : Commission européenne (communiqué du 17 juillet 2026), règlement (UE) 2024/1781 (ESPR, articles 23 à 25 et annexe VII), Agence européenne pour l'environnement (briefing textiles 2024), loi AGEC et ministère de l'Économie, Légifrance, Refashion, Emmaüs France, RREUSE, ECOS et Bureau européen de l'environnement. Les chiffres sont des estimations issues de ces sources, présentées avec leurs fourchettes. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique.

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Thibault, cofondateur de Friptadium

Friptadium est un grossiste de seconde main Grade A né d'une expérience de terrain : près de 16 700 articles vendus sur Vinted et en live sur Whatnot depuis 2022, avec 73 745 euros de chiffre d'affaires Vinted en 2025 et une note de 4,9/5. Cette loi européenne touche au coeur de notre métier, le réemploi du vêtement, alors on a voulu la décortiquer sans le sensationnalisme des réseaux : les vraies dates, les vrais chiffres et ce que ça change (ou pas) pour la seconde main.

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