Loi anti-fast-fashion : ce qui change vraiment pour Shein, Temu et la seconde main (2026)
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Publié le 20 juillet 2026 · ⏱ 14 min de lecture
La loi anti-fast-fashion est une loi française adoptée définitivement par le Parlement le 29 juin 2026, puis promulguée le 8 juillet 2026 (loi n° 2026-602). Elle cible la « mode ultra express » incarnée par Shein, Temu et AliExpress avec trois leviers : un malus environnemental progressif pouvant atteindre 12 € par article dès 2026 puis 20 € en 2030 (plafonné à 50 % du prix hors taxe), une interdiction de publicité à partir du 1er janvier 2027 (influenceurs compris) et des messages de sensibilisation obligatoires. La fast fashion européenne type Zara ou H&M est, elle, largement épargnée, et l'entrée en vigueur du malus est visée pour le 1er septembre 2026.
Deux ans et demi de navette parlementaire, un passage par Bruxelles, un texte final très resserré : la loi anti-fast-fashion a beaucoup changé entre son dépôt en 2024 et son adoption en 2026. Dans ce guide, on reprend tout à plat : les vraies dates, les vrais montants, qui est concerné (et qui ne l'est pas), et ce que ça change concrètement si tu achètes ou revends de la seconde main. On la distingue aussi des deux autres dispositifs avec lesquels on la confond tout le temps, comme la taxe sur les petits colis Shein et Temu, qui est un chantier douanier totalement différent.
L'essentiel en 30 secondes
- Adoptée définitivement le 29 juin 2026 par le Sénat, après un vote de l'Assemblée le 24 juin ; promulguée le 8 juillet 2026 (loi n° 2026-602), plus de deux ans après son dépôt en 2024.
- Cible : l'ultra fast fashion (Shein, Temu, AliExpress). La fast fashion classique établie dans l'UE, comme Zara, H&M, Primark ou Uniqlo, échappe largement au dispositif.
- Malus environnemental progressif : jusqu'à 12 € par article en 2026, jusqu'à 20 € en 2030, plafonné à 50 % du prix hors taxe.
- Publicité interdite à partir du 1er janvier 2027, influenceurs compris : jusqu'à 20 000 € d'amende pour une personne physique et 100 000 € pour une entreprise.
- Les seuils précis restent à fixer par décret : consultation publique jusqu'à fin juillet 2026, entrée en vigueur du malus visée au 1er septembre 2026.
- La seconde main n'est pas taxée : le malus frappe la mise sur le marché de vêtements neufs, pas la revente d'occasion sur Vinted ou en friperie.
La loi anti-fast-fashion, c'est quoi et depuis quand ?

Son vrai nom est la loi n° 2026-602 du 8 juillet 2026 « visant à réduire l'impact environnemental de l'industrie textile ». C'est le premier texte français qui s'attaque frontalement au modèle économique de la mode jetable : il crée un malus environnemental sur les vêtements d'ultra fast fashion, interdit leur publicité et impose des messages de sensibilisation sur les sites qui les vendent.
Le parcours a été exceptionnellement long. La proposition de loi, portée par la députée Anne-Cécile Violland (Horizons), a été déposée début 2024. L'Assemblée nationale l'a votée à l'unanimité en première lecture le 14 mars 2024, puis le Sénat l'a adoptée, à l'unanimité également, le 10 juin 2025. Plus de deux ans se sont donc écoulés entre le dépôt du texte et son adoption définitive.
Entre les deux chambres et le vote final, il y a eu un détour obligatoire par Bruxelles. Comme le texte crée des règles techniques applicables à des produits, la France a dû le notifier à la Commission européenne en juin 2025. Le 30 septembre 2025, la Commission a rendu un avis circonstancié réservé, ce qui a gelé la procédure jusqu'au 30 décembre 2025. Ce passage a pesé lourd sur la version finale du texte, on y revient dans la section sur les critiques.
La dernière ligne droite s'est jouée en juin 2026 : une commission mixte paritaire (7 députés et 7 sénateurs) a trouvé un compromis à la mi-juin 2026, l'Assemblée nationale a validé ce texte commun le 24 juin 2026, et le Sénat a voté l'adoption définitive le 29 juin 2026. La loi a ensuite été promulguée le 8 juillet 2026 et publiée au Journal officiel le 9 juillet. Tu peux consulter le dossier législatif complet sur le site du Sénat.
Un point de vocabulaire pour finir : le texte final ne parle pas de « fast fashion » mais de « mode ultra express ». Ce n'est pas un détail. Ce choix de mots traduit le resserrement du périmètre de la loi, qui ne vise plus la mode jetable en général mais ses acteurs les plus extrêmes.
Avant d'entrer dans le détail, voici le dispositif en un coup d'oeil : chaque mesure, la cible qu'elle vise et son calendrier prévu.
| Mesure | Cible | Calendrier prévu |
|---|---|---|
| Malus environnemental par article | Ultra fast fashion (Shein, Temu, AliExpress) | Entrée en vigueur visée au 1er septembre 2026, sous réserve du décret et de l'arrêté |
| Montant et plafond du malus | Chaque article textile neuf concerné | Jusqu'à 12 € en 2026, jusqu'à 20 € en 2030, dans la limite de 50 % du prix hors taxe |
| Interdiction de publicité (influenceurs compris) | Marques et produits d'ultra fast fashion | Prévue au 1er janvier 2027, application du volet plateformes suspendue au feu vert européen |
| Messages de sensibilisation et fin de l'argument « gratuit » | Plateformes qui vendent de l'ultra fast fashion | Selon les textes d'application à paraître |
| Seconde main et revente d'occasion | Vinted, friperies, grossistes de seconde main | Hors dispositif : aucun malus, aucune interdiction |
Tableau récapitulatif du dispositif de la loi anti-fast-fashion. Les montants et le calendrier des décrets restent à confirmer par voie réglementaire à l'été 2026.
↑ Revenir au sommaireQui est visé : Shein, Temu... et pas Zara ?
C'est LA question qui fâche, et la réponse est nette : dans sa version finale, la loi vise l'ultra fast fashion, c'est-à-dire, dans le débat public, Shein, Temu et AliExpress. La fast fashion « classique » comme Zara, H&M, Primark ou Uniqlo est largement épargnée : ces enseignes sont établies dans l'Union européenne, et les seuils du dispositif ont été calibrés pour ne pas les toucher.
Comment la loi définit-elle l'ultra fast fashion ? Par des pratiques commerciales, pas par une liste de marques. Sont concernés les metteurs sur le marché qui cumulent deux critères : la mise sur le marché d'un nombre très élevé de nouvelles références de produits textiles neufs, et une faible incitation à la réparation, mesurée par le rapport entre le prix de vente et le coût de réparation du produit. Ces critères s'apprécient par marque et par canal de vente.
Les seuils chiffrés (combien de références par jour ou par an, quel ratio prix/réparation) ne figurent pas dans la loi elle-même : ils seront fixés par un décret en Conseil d'État, dont le projet a été mis en consultation publique en juillet 2026. Tant que ce décret n'est pas publié, la liste exacte des entreprises touchées reste donc à confirmer par décret. D'après la presse spécialisée, le gouvernement a simulé plusieurs niveaux de seuils pour que le dispositif ne touche, en pratique, que les grandes plateformes non européennes.
Pourquoi ce resserrement ? Le texte voté par l'Assemblée en 2024 visait plus large. C'est le passage au Sénat en 2025, puis la négociation finale sous la contrainte du droit européen, qui ont recentré le dispositif sur la seule « mode ultra express ». Résultat : une loi juridiquement plus solide face à Bruxelles, mais un périmètre beaucoup plus étroit que le projet initial, ce que les ONG n'ont pas manqué de critiquer (on détaille ça dans la section 9).
↑ Revenir au sommaireLe malus : combien, quand, comment ?
Le coeur de la loi, c'est une pénalité financière par article, le « malus environnemental ». Ce n'est pas une taxe versée à l'État : le malus passe par la filière REP textile et son éco-organisme Refashion, via les éco-contributions que paient déjà les metteurs sur le marché.
Les montants sont désormais connus. Le projet de barème mis en consultation prévoit, en 2026, une pénalité de 0,25 à 12 € par article selon le score environnemental du produit, avec une montée en charge chaque année pour atteindre de 2 à 20 € par article à partir de 2030. Dans tous les cas, le malus est plafonné à 50 % du prix de vente hors taxe du produit. C'est une version nettement durcie du projet initial de 2024, qui plafonnait la pénalité à 10 € en 2030.
Concrètement : un top vendu 4 € hors taxe ne pourra pas prendre plus de 2 € de malus (plafond de 50 %), tandis qu'une veste à 30 € hors taxe pourra encaisser le malus plein, jusqu'à 12 € dès 2026 et 20 € en 2030. Sur le très bas prix, le malus en proportion est énorme : c'est l'effet recherché.
Où va l'argent ? Le texte prévoit que les recettes du malus restent dans la filière textile : elles doivent notamment financer le bonus des produits plus durables et soutenir la collecte, le tri, le réemploi et le recyclage des textiles usagés, des maillons aujourd'hui sous tension financière. Une partie des sommes doit donc revenir, indirectement, à l'écosystème de la seconde main. Pour le détail juridique du mécanisme, le décryptage du cabinet Gossement Avocats est l'une des analyses les plus complètes publiées à ce jour.

Dernier point, et pas des moindres : le barème définitif doit encore être confirmé par arrêté, en cours de consultation publique jusqu'à fin juillet 2026. Les montants ci-dessus sont ceux du projet officiel présenté par le gouvernement, mais ils peuvent théoriquement bouger à la marge avant publication.
↑ Revenir au sommaireLa pub interdite : ce que ça change (influenceurs compris)
C'est la mesure la plus spectaculaire du texte : à partir du 1er janvier 2027, la publicité pour les produits et les marques d'ultra fast fashion sera interdite en France. L'interdiction couvre tous les supports : affichage, télévision, en ligne, réseaux sociaux. Un secteur entier privé de publicité, c'est un dispositif d'une ampleur comparable, dans son principe, à ce qui existe pour le tabac.
Le texte vise explicitement les influenceurs. Fini les hauls Shein sponsorisés, les codes promo Temu et les partenariats rémunérés avec les marques classées ultra fast fashion : toute promotion, directe ou indirecte, tombe sous le coup de l'interdiction. Les sanctions prévues sont des amendes administratives pouvant atteindre 20 000 € pour une personne physique et 100 000 € pour une personne morale.
La loi ajoute deux obligations moins connues mais loin d'être anecdotiques. D'abord, l'interdiction d'utiliser le mot « gratuit » comme argument marketing pour ces produits (les fameuses roues cadeaux et articles offerts qui poussent à remplir le panier). Ensuite, l'obligation pour les plateformes concernées d'afficher des messages de sensibilisation encourageant la sobriété, le réemploi, la réparation et le recyclage, sur le modèle des avertissements sanitaires.
Ce volet publicité est le plus fragile du texte. La Commission européenne avait émis des réserves dès 2025, et le gouvernement a maintenu la mesure en la subordonnant à un feu vert de Bruxelles. Autrement dit, l'interdiction est votée, mais l'application de son volet le plus large, la publicité des plateformes, reste suspendue à la validation européenne. À défaut d'accord, la rapporteure du texte a prévenu que seule la promotion par les influenceurs resterait couverte, comme l'a rapporté Carenews.
Il reste des zones grises, que les juristes pointent déjà : la frontière entre contenu éditorial et promotion, ou le cas des influenceurs installés à l'étranger. Si tu crées du contenu mode, la ligne prudente est claire : à partir de 2027, aucun partenariat rémunéré avec une marque classée ultra fast fashion.
Pour l'écosystème de la seconde main, cette interdiction est une opportunité rare : des millions d'euros de visibilité publicitaire vont se libérer, et les créateurs mode devront trouver d'autres partenaires. Friperies, plateformes d'occasion et grossistes de seconde main ont une fenêtre pour occuper ce terrain.
↑ Revenir au sommaireQuand la loi s'applique-t-elle vraiment ?
C'est la question piège. La loi est promulguée depuis le 8 juillet 2026, mais ses mesures phares n'entrent pas en vigueur d'un coup : chacune dépend de textes d'application. Voici le calendrier tel qu'il se présente à l'été 2026.
Repères du parcours législatif. Les dates de vote et de promulgation sont acquises ; les décrets d'application et le sort exact du volet publicité restent en cours à l'été 2026.
- 29 juin 2026 : adoption définitive par le Parlement (vote final du Sénat, après celui de l'Assemblée le 24 juin).
- 8 juillet 2026 : promulgation de la loi n° 2026-602, publiée au Journal officiel le 9 juillet. Le même jour, le gouvernement ouvre la consultation publique sur le projet de décret et le projet d'arrêté d'application.
- Fin juillet 2026 : clôture de la consultation publique sur les textes d'application (définition des seuils de l'ultra fast fashion et barème du malus).
- 1er septembre 2026 : date visée par le gouvernement pour l'entrée en vigueur du malus sur les vêtements non durables.
- 1er janvier 2027 : entrée en vigueur de l'interdiction de publicité, influenceurs compris.
- 2030 : le malus maximal atteint son plafond de 20 € par article.
Ce qui est acquis : les dates de vote et de promulgation, les montants cibles du malus (12 € puis 20 €), le plafond de 50 % du prix hors taxe, la date du 1er janvier 2027 pour la publicité. Ce qui reste à confirmer par décret et par arrêté : les seuils chiffrés qui définissent l'ultra fast fashion, le barème annuel précis du malus, et donc la liste réelle des entreprises touchées dès septembre.
Deux aléas peuvent encore décaler ce calendrier : de nouvelles discussions avec Bruxelles (la Commission avait déjà émis un avis réservé en 2025) et d'éventuels recours des acteurs visés contre le décret. Le 1er septembre 2026 est donc un objectif officiel, pas une certitude gravée dans le marbre.
↑ Revenir au sommaireTaxe colis, loi invendus, anti-fast-fashion : les 3 dispositifs à ne pas confondre
En quelques semaines, trois dispositifs différents ont fait la une avec les mêmes mots-clés (Shein, Temu, textile, environnement), et la confusion est totale sur les réseaux. Ce sont pourtant trois outils distincts, avec trois logiques différentes. Voici comment les démêler.
Premier dispositif : la taxe sur les petits colis. C'est un chantier douanier et fiscal qui vise les centaines de millions de petits colis importés à bas prix chaque année, avec des frais fixes par colis de l'ordre de 2 € (et des scénarios évoqués jusqu'à 3 €). Il ne dit rien de l'impact environnemental des produits : il rééquilibre la concurrence à la frontière. On a décortiqué ce mécanisme et ses effets dans notre article sur la taxe sur les colis Shein et Temu et la seconde main.
Deuxième dispositif : le règlement européen ESPR, qui interdit depuis le 19 juillet 2026 aux grandes entreprises de détruire leurs vêtements, accessoires et chaussures invendus dans toute l'UE. Lui ne s'intéresse ni au prix ni à la publicité : il traite du sort des invendus neufs. On lui a consacré un guide complet : l'interdiction de détruire les vêtements invendus expliquée.
Troisième dispositif : la loi anti-fast-fashion de cet article, qui agit en amont, au moment de la mise sur le marché : malus par article et interdiction de publicité pour l'ultra fast fashion. Trois textes, trois moments de la vie du produit : la frontière (taxe colis), la mise en vente (anti-fast-fashion), l'invendu (ESPR).
↑ Revenir au sommaireQu'est-ce que ça change pour la seconde main et les revendeurs ?

La réponse honnête tient en deux temps : oui, la loi améliore la position relative de la seconde main, et non, elle ne va pas transformer le marché du jour au lendemain.
Côté positif, le mécanisme est simple : si un malus de plusieurs euros s'applique à des articles neufs vendus 5 à 15 €, et que ce surcoût est répercuté même partiellement sur les prix, l'écart de prix entre le neuf jetable et l'occasion se resserre. L'argument « pourquoi acheter un jean d'occasion à 12 € quand le neuf est à 9 € » perd de sa force. Ajoute l'interdiction de publicité en 2027, qui va priver l'ultra fast fashion de son principal moteur d'acquisition auprès des moins de 30 ans, et tu obtiens un environnement structurellement plus favorable au réemploi.
Côté lucide : la seconde main n'a pas attendu cette loi pour croître. Le marché français de l'occasion textile pèse déjà plusieurs milliards d'euros et progresse chaque année, porté par le pouvoir d'achat et par le changement des mentalités ; on a compilé toutes les données dans notre dossier sur les chiffres de la seconde main en France. La loi accélère une tendance existante, elle ne la crée pas. Et un malus plafonné à 50 % du prix hors taxe sur un article à 4 € reste un frein modeste pour un consommateur très sensible au prix.
Pour les revendeurs, il y a un signal plus profond : l'État flèche désormais une partie des pénalités vers la collecte, le tri, la réparation et le réemploi. Autrement dit, la filière dans laquelle tu travailles quand tu revends de l'occasion est celle que la puissance publique cherche à renforcer. Sourcer des vêtements de seconde main triés, par exemple via des lots au kilo à revendre, en friperie au kilo ou auprès d'un grossiste de friperie, c'est se placer dans le sens de la réglementation, pas contre elle.
Sur la rentabilité, on reste fidèle à notre ligne : pas de promesse. Avec un sourcing propre (des lots triés Grade A, c'est-à-dire plus de 90 % de pièces sans défaut notable, même si l'erreur humaine reste possible) et un vrai travail de sélection, de photo et de description, tu peux viser jusqu'à x3 à x5 selon ton travail de revente entre ton coût d'achat et tes prix de vente. Garde en tête que c'est du chiffre d'affaires : ton bénéfice réel dépend de tes frais, de tes invendus et de ton temps.
↑ Revenir au sommaireEt pour ceux qui revendent du Shein d'occasion sur Vinted ?
Question ultra concrète que beaucoup se posent : « je revends mes vêtements Shein portés sur Vinted, est-ce que je vais payer le malus ? » Réponse claire : non. Le malus frappe la mise sur le marché de produits textiles neufs par les producteurs et metteurs sur le marché. La revente d'occasion entre particuliers n'est pas concernée : ni Vinted, ni Leboncoin, ni les friperies ne collectent ce malus, et tu ne le paieras jamais sur une vente d'occasion.
Faut-il pour autant miser sur le Shein d'occasion comme filon de revente ? Notre avis d'acheteur-revendeur : prudence. La valeur de revente d'un vêtement dépend de son prix neuf, de sa qualité perçue et de la demande pour la marque. Or le Shein d'occasion cumule trois handicaps : un prix neuf déjà très bas (difficile de revendre 6 € un article affiché 8 € neuf), une qualité de confection souvent limitée, et une image de marque faible sur le marché de l'occasion. Même si le neuf Shein renchérit avec le malus, la marge de progression de l'occasion Shein restera étroite.
La stratégie qui fonctionne, c'est l'inverse : concentrer ton stock sur des marques dont la cote d'occasion est stable ou monte. La fast fashion « du haut du panier » peut se revendre correctement quand on sait quoi chercher : on a documenté ça pièce par pièce dans notre guide Zara en seconde main : trouver, revendre, sourcer. Et si tu débutes, commence par comprendre ce qui se vend vraiment sur Vinted avant de constituer ton stock, puis appuie-toi sur notre guide complet pour vendre sur Vinted.
Un effet indirect mérite d'être suivi dans les prochains mois : si la loi et la taxe colis renchérissent le neuf ultra jetable, une partie des acheteurs très sensibles au prix va se reporter vers l'occasion. Ce report profitera d'abord aux articles d'occasion à petit prix mais de qualité correcte, exactement le segment où un revendeur bien sourcé fait la différence.
↑ Revenir au sommaireLes critiques et les limites de la loi
Première critique, la plus massive : le périmètre. La coalition Stop Fast Fashion, qui regroupe notamment Emmaüs, Les Amis de la Terre et Max Havelaar, a dénoncé une « version largement édulcorée » du texte initial. En resserrant le dispositif sur la seule « mode ultra express », la loi épargne la fast fashion européenne (Zara, H&M, Primark, Kiabi et consorts), qui représente pourtant l'essentiel des volumes vendus en France. Au vote final de l'Assemblée le 24 juin 2026, écologistes, socialistes et insoumis se sont d'ailleurs abstenus pour marquer cette déception, comme l'a raconté Public Sénat.
Deuxième limite : le risque de contournement juridique. Ironie du dossier, Shein et Temu opèrent en Europe via des entités établies en Irlande, donc dans l'UE. Or le dispositif a été conçu sous la contrainte du droit européen, après l'avis réservé de la Commission en septembre 2025, pour ne pas pénaliser les entreprises européennes. Plusieurs juristes estiment que sans clarification avec Bruxelles, les deux plateformes les plus visées pourraient contester leur assujettissement. Le succès de la loi dépendra de décrets solides et, probablement, de l'issue de premiers contentieux.
Troisième limite : le calendrier et la méthode. Deux ans et demi entre le dépôt et l'adoption, un lobbying intense documenté par la presse, des seuils renvoyés à des décrets encore non publiés : à l'été 2026, personne ne peut dire avec certitude quelles entreprises paieront quoi au 1er septembre. Et les modèles fondés sur le volume à bas prix savent s'adapter vite : réduction du nombre de références affichées par marque, multiplication des marques, ajustement des prix. On avait déjà décrit cette plasticité des modèles à volume dans notre analyse du dropshipping de vêtements.
Malgré tout, il serait injuste de réduire la loi à ses failles. C'est la première loi au monde à instaurer un malus dédié à l'ultra fast fashion et à interdire sa publicité, et plusieurs pays observent l'expérience française de près. Même imparfaite, elle installe un principe : le vêtement jetable a un coût, et quelqu'un doit le payer.
↑ Revenir au sommaireFAQ : loi anti-fast-fashion
C'est quoi, la loi anti-fast-fashion ?
C'est la loi française n° 2026-602 du 8 juillet 2026 « visant à réduire l'impact environnemental de l'industrie textile ». Elle instaure un malus environnemental par article, interdit la publicité et impose des messages de sensibilisation pour les produits de « mode ultra express », incarnée par Shein, Temu et AliExpress.
Quand la loi anti-fast-fashion a-t-elle été adoptée ?
Elle a été adoptée définitivement par le Parlement le 29 juin 2026 (vote final du Sénat, après celui de l'Assemblée nationale le 24 juin), puis promulguée le 8 juillet 2026. Le parcours avait commencé plus de deux ans avant : vote de l'Assemblée le 14 mars 2024, vote du Sénat le 10 juin 2025.
Quand entre-t-elle en vigueur ?
Progressivement. Le malus est visé pour le 1er septembre 2026, sous réserve de la publication du décret et de l'arrêté d'application (en consultation publique jusqu'à fin juillet 2026). L'interdiction de publicité s'applique à partir du 1er janvier 2027.
Qui est visé par la loi ?
Les metteurs sur le marché qui cumulent deux critères : un très grand nombre de nouvelles références mises sur le marché et une faible incitation à la réparation. En pratique, cela désigne les plateformes d'ultra fast fashion comme Shein, Temu et AliExpress. Les seuils chiffrés seront fixés par décret en Conseil d'État.
Zara et H&M sont-ils concernés ?
Non, pas dans la version finale du texte. La fast fashion classique établie dans l'Union européenne (Zara, H&M, Primark, Uniqlo) échappe largement au dispositif, ce qui constitue la principale critique adressée à la loi par les ONG.
Combien coûte le malus ?
Selon le projet de barème mis en consultation, de 0,25 à 12 € par article en 2026, avec une montée progressive jusqu'à 2 à 20 € par article à partir de 2030, toujours plafonné à 50 % du prix de vente hors taxe du produit.
La publicité est-elle vraiment interdite, même pour les influenceurs ?
Oui, sur le principe. La loi prévoit qu'à partir du 1er janvier 2027, la publicité pour les produits et marques d'ultra fast fashion est interdite en France, influenceurs compris, avec des amendes pouvant atteindre 20 000 € pour une personne physique et 100 000 € pour une entreprise. L'application du volet le plus large, la publicité des plateformes, reste toutefois suspendue au feu vert de la Commission européenne : à défaut, seule la promotion par les influenceurs serait couverte.
Est-ce que cette loi aide la seconde main ?
Indirectement, oui : elle renchérit le neuf ultra jetable, prive l'ultra fast fashion de publicité et flèche une partie des recettes vers la collecte, la réparation et le réemploi. Mais la seconde main croissait déjà fortement avant la loi ; le texte accélère une tendance plus qu'il ne la crée.
Vinted et la revente d'occasion sont-ils concernés par le malus ?
Non. Le malus s'applique à la mise sur le marché de vêtements neufs par les producteurs. La revente d'occasion entre particuliers, sur Vinted ou ailleurs, n'est pas taxée par cette loi.
↑ Revenir au sommaireLa loi renchérit le neuf jetable. Toi, prends le virage du réemploi.
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Découvrir les box au kilo Composer une box sur mesureSources principales : loi n° 2026-602 du 8 juillet 2026 et dossier législatif du Sénat, comptes rendus des votes de l'Assemblée nationale (14 mars 2024, 24 juin 2026) et du Sénat (10 juin 2025, 29 juin 2026), projets de décret et d'arrêté mis en consultation publique en juillet 2026, analyses juridiques (Gossement Avocats, Village Justice), Public Sénat, FashionNetwork et coalition Stop Fast Fashion. Les montants et seuils présentés comme provisoires restent à confirmer par décret et arrêté. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique.
Thibault, cofondateur de Friptadium
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